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SALLY KOFFI, L’ACADEMICIENNE DU PIANO EN COTE D’IVOIRE

Photo de Claude Amory, Abidjan août 2020

À l’Institut Supérieur des Arts et de l’Action culturelle (INSAAC) où j’ai fait sa connaissance, il y a de cela près d’une dizaine d’années, l’on ne tarit pas d’éloges à son endroit. Professeure agrégée de musique, pianiste de référence en Côte d’Ivoire (option musique classique européenne), elle a dirigé le Conservatoire national de musique pendant une décennie, gratifiant parents d’élèves, collègues, étudiants et publics civils de jolis moments musicaux avec les groupes qu’elle a encadrés. On l’appelle communément Sally. Entretien avec une dame qui en impose. 

D’où vous vient le nom Sally alors qu’à l’état civil, vous êtes Compaoré Tibo épouse Koffi ?

Sally est le diminutif de Salimata, prénom d’origine musulmane, religion de mes parents. Il est resté mon prénom usuel depuis mon très jeune âge. Je l’ai orthographié ainsi. Mes parents n’ont jamais jugé nécessaire de le rajouter sur mon extrait d’acte de naissance établi deux jours après ma naissance alors que le baptême musulman au cours duquel le prénom de l’enfant est dévoilé se déroule une semaine après l’arrivée du nouveau-né.

Compaoré de naissance, on devine que vous êtes issue d’une famille d’expatriés ?

Oui. Originaire de la Haute-Volta, mon père est arrivé seul, en Côte d’Ivoire, vers 1962, à l’aventure. Sans qualification officiellement reconnue, mais savant bricoleur. Comme la plupart de ses compatriotes, il a travaillé dans les plantations, puis s’est formé à la menuiserie et a développé de nombreux autres talents. Par exemple, il traitait efficacement les fractures d’os selon une science médicale que nous devinions ancestrale. Tout cela lui a permis de vivre décemment avant de retourner chercher ma mère et construire sa famille au moment de la création de l’Institut national de Arts (INA) vers les années 1965. Dans cette institution, devenue INSAAC en 1990, il a été chargé de la sécurité de nuit pendant 30 ans, jusqu’à sa retraite. Papa est décédé sur la terre ancestrale, le Burkina Faso. Mais il a laissé de beaux souvenirs à la mémoire des enseignants et étudiants qui l’ont connu.

Les anciens de l’Ina vous appelaient « Ina ». Cela a-t-il un sens pour vous ?

Oui ! Selon leurs dires, ils m’auraient vue y naître ! Ils m’ont couvée au son de leurs textes déclamés, leurs instruments de musique et les danses qui les accompagnaient. En 1976, M. Thiam Mokodou, alors le Directeur de l’établissement, aurait demandé à mon père de construire son habitation sur une parcelle des lieux. Selon lui, sa présence sur son lieu de travail n’aurait que des avantages. Mon père travailla ainsi désormais à temps plein, car sollicité à tout moment pour diverses tâches. Pendant 16 ans, nous avons donc habité les lieux, écrivant notre histoire d’adolescente dans une famille grandissante et épanouie au contact des arts, en profitant de la proximité avec les salles de classe du conservatoire de musique avec leurs instruments, celle aussi des ateliers de peinture, d’architecture, de sculpture, de gravure, tapisserie et autres. La nature s’en est trouvée enrichie progressivement par la plantation d’arbres le plus souvent fruitiers, qui existent encore jusqu’aujourd’hui. Ce sont des œuvres de nos mains, notre mère et nous ses enfants. C’est avec beaucoup de nostalgie et pincement au cœur que je vois chaque jour ces arbres géants, que nous avons plantés, ensemencés et vus naitre, quand je n’étais qu’une gosse en ces lieux. Ah ! Si les arbres pouvaient parler.

Photos de Claude Amory, Abidjan août 2020

                                     

 

On dit que vous avez pratiqué plusieurs arts avant de jeter votre dévolu sur le piano. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Le Directeur du Conservatoire de l’époque M. Botbol, un français, me voyant suivre mon père pour ouvrir et fermer les salles après les cours, lui aurait proposé de m’inscrire au Conservatoire de musique et de danse. J’avais à peine six ans ! La petite africaine que j’étais se retrouva ainsi en classe de danse classique, de solfège et de …violon ! Plus tard, pendant deux à trois ans, Marie-Rose Guiraud, célèbre danseuse chorégraphe ivoirienne récemment disparue, m’a reçue dans sa classe de danse africaine. La danse classique m’a procuré beaucoup de plaisir grâce à la musique, les pas, les tenues. La danse africaine également. Mais le groupe d’amis de mon âge que je me suis fait par la pratique de la danse et de la musique classiques a également apporté épanouissement à la gamine issue de souche sociale moins élevée que j’étais ; car c’étaient des enfants d’expatriés européens, et d’autres issus de couples mixtes. Ils aimaient ma compagnie, et leurs parents appartenaient à l’élite sociale du pays. Tout cela a davantage développé en moi la volonté de réussir. Je tiens de ce milieu le côté un peu européen de mon personnage, sans être déculturée ni acculturée. 

Vous aviez joué aussi du violon, puis vous y avez renoncé. Pourquoi ?

Une vieille histoire. Au bout de six mois d’apprentissage, le violon me rebuta à cause du physique du professeur : une tchécoslovaque outrageusement maquillée dont la peau blanche comme le lait contrastait avec ses yeux bleu-turquoise et ses lèvres rose-fuchsia. Pour tout dire, son physique m’effrayait. Mes nuits précédant ses cours de violon étaient interrompues par des cauchemars. Je sentais confusément que le mariage avec le violon serait de courte durée. Intervient alors le destin : Mme Catherine Hoba, professeur de piano à l’INSAAC (et décédée en 1999), étudiante à l’INA au département Musique à l’époque, me rencontre un jour devant la salle de cours de violon, attendant mon heure. Ayant lu la tristesse dans mes yeux larmoyants, elle me demanda si j’avais plutôt envie de faire du piano. Sur-le-champ, sans même rien savoir d’un piano, j’acquiesce d’un hochement vigoureux de la tête. On me confia alors à Mme Baudier, une expatriée française, pour mon initiation. Et depuis, l’histoire se poursuit : celle de mon amour du piano. 

C’est un instrument fait pour des gens aisés vu le prix. Comment vous y êtes-vous prise pour l’apprivoiser jusqu’à ce point ?

C’est simple, j’étais une privilégiée car la fonction de mon père me permettait   d’être en contact avec tous les instruments de musique de l’établissement, sans que, pour autant, ma famille soit nantie.  

Vous vous destiniez aussi à l’enseignement de l’histoire. Mais finalement, vous êtes revenue à la musique. 

Oui, j’ai étudié l’Histoire et la Géographie à l’Université d’Abidjan Cocody. J’étais en réalité plutôt attirée par l’Océanographie. Mais la passion pour la musique l’a emporté sur cette spécialisation académique.

On dit que vous avez toujours été, sinon souvent, majore de classe.

Oui… disons… souvent. Mais je n’en fais pas une ritournelle.

Vous êtes la première et la seule ivoirienne agrégée de musique. Qu’est-ce que cela vous fait ?

Disons que c’est une belle opportunité qui s’est présentée à moi en 2009 au moment où, après avoir enseigné pendant près de dix-huit ans, je m’interrogeais sur la suite à donner à ma carrière en me servant de mes expériences professionnelles. Et le concours s’est présenté. 

N’avez-vous jamais rêvé d’être concertiste ?

Bien sûr. Tout instrumentiste formé à l’École de musique et au Conservatoire cultive ce rêve. Mais le verset dit : « Nombreux sont les appelés, peu seront les élus. » Dans mon cas précis, ma passion pour la transmission du savoir a été plus forte qu’une carrière de star soliste. Partager, communiquer, échanger est une seconde nature pour moi. Réaliser le rêve de l’apprenant est un défi que j’aime renouveler. Et, croyez-moi, j’ai éprouvé beaucoup de plaisir et satisfaction, voire d’orgueil de pédagogue à voir certains de mes élèves et étudiants devenus des pianistes sinon accomplis, au moins de renoms, admirables et performants. 

Quelques noms ?

Jamil Kassam, Eva Sita. Ils ont fait la célèbre École de Berkley. Aro Rajaonah en ce moment à Northern Kentucky University ; et tout près de moi ici, à Abidjan et devenu mon collègue, Achille Kouassi, un virtuose doté d’une technique pianistique peu ordinaire. Avec lui, Litz, Chopin et Scott Choplin se côtoient à merveille. Je ne peux pas les citer tous. 

 

 

Quels sont les pianistes du pays qui vous subjuguent et que vous aimez écouter ?

Ma formation de pianiste classique m’ouvre plutôt à l’international. Je n’ai pas vraiment connu de pianistes en Côte d’Ivoire en dehors d’étudiants brillants qui, eux-mêmes, n’ont pas fait carrière au pays ; entre autres vraiment performants : Georges Niacadié, Jacques Walker un génie décédé très tôt, Martial Aney. Ah oui, il y a eu Cheick Smith ! Un fascinant pianiste et organiste. Décédé lui aussi. Il avait des humanités pianistiques autant en musique classique que dans le jazz. C’était un excellent disciple de Jimmy Smith dont il portait d’ailleurs le nom comme sobriquet. 

Vous êtes habitée par Beethoven et Chopin, dit-on de vous.

Je suis une romantique de l’époque romantique de l’histoire de la musique occidentale. Belles mélodies, harmonies consonantes, nuances expressives sont mes critères d’appréciation. C’est cette musique qui parle à mon être profond, à mon âme. Beethoven, Frédéric Chopin et leurs contemporains m’ont vraiment marquée. La musique qui accompagnait les cours de danse classique y a sans doute été pour quelque chose.

Vous exécutez souvent « Balades dans les alpes », qu’est-ce qui vous accroche tant dans cette pièce ?

Ah ! Vous voulez parler de « Alpengluhen, Op.193 », cette œuvre de Theodor Oesten compositeur Allemand du début du XIXème S ! Vous faites bien de l’évoquer. Elle me transporte malgré ses différents tableaux qui ressemblent à des pages tournées. Son écriture riche, variée, est une véritable invitation au voyage.

Il y a de cela quelques années, vous avez participé à l’aventure discographique de l’INSAAC en hommage à Ernesto Djédjé, musicien ivoirien disparu en 1983. Vous avez écrit une pièce que vous avez intitulée : « Djédjé entre Beethoven et Chopin. » l’anachronisme est sidérant. 

Une aventure incroyable et inédite. Oui, j’ai repris en instrumental, au Studio JBZ Cocody, « Gniayé » une célèbre pièce d’Ernesto Djédjé connue aussi sous le titre de « Pinékpa », dans un objectif de métissage des cultures musicales. C’est un concept que j’ai développé pendant près d’une dizaine d’année pendant les concerts de fin d’année du Conservatoire national de Musique dont j’assurais la direction. Et cela m’a été d’un précieux apport dans ce projet. L’image qui m’inspirait et me guidait dans ma réécriture de cette œuvre, fut un pont : Beethoven introduisant l’œuvre avec ses murmures arpégés au début du pont ; Chopin reprenant les mêmes techniques d’accompagnement en y adjoignant des fioritures mélodiques pour la sortie de l’ouvrage ; et Ernesto Djédjé le mélodiste, reliant les deux entités. Mes collègues ont aimé ma démarche. Je leur dis merci pour ces marques de prévenance et d’élégance.

Vous arrive-t-il de faire des incursions dans le jazz ?

Rarement. Le jazz me paraît comme une aventure sonore peu rassurante, avec des obscurités harmoniques et rythmiques qui dérangent le confort que j’éprouve à jouer du classique. Non, il ne correspond pas à mon caractère. Mais je ne rechigne pas à accompagner quelques jazzmen qui me sollicitent pour une séance musicale précise.  

Quel est le projet qui vous habite en ce moment ?

L’écriture d’un livre, un document pédagogique destiné aux apprenants du piano. C’est un ouvrage dont les illustrations sonores sont tirées du patrimoine musical ivoirien. Des œuvres d’artistes musiciens comme Wédli Ped, Aïcha Koné, Bailly Spinto y sont réécrites dans une adaptation piano. Nous désignons ce répertoire par l’appellation « les classiques de la musique ivoirienne. » Je profite de cette interview pour dire merci à l’ex-ministre de la Culture, Maurice Bandaman, qui a apporté une utile caution à ce projet, ainsi qu’aux collègues qui m’y aident.

Pour terminer, quelle est votre vision de la femme épanouie ?

C’est la femme positive, constructive et généreuse. Celle qui sait partager ce qu’elle possède comme richesses matérielles, intellectuelles, éthiques, en cultivant l’amour autour de soi. C’est tout aussi valable pour l’homme épanoui.

Vous sentez-vous accomplie ?

Si ma vie s’arrêtait maintenant, j’aurais trouvé juste qu’on dise d’elle qu’elle fût accomplie. Mais comme elle en est encore à me sourire avec générosité et indulgence, je me plais à continuer de me construire des marches à gravir sur l’échelle de la vie.

Interview réalisée par Tiburce Koffi, écrivain

gnametkoffi@gmail.com