Micro-agressions des femmes noires en milieu professionnel

On parle beaucoup de harcèlement sexuel en milieu professionnel. Attouchements, remarques et avances indésirables et chantages dont 60% de femmes sont victimes et 90% d’entre elles qui ne portent jamais plainte (EEOC). Selon des données de ONU Femmes, 39% des femmes de plus de 15 ans ont été victimes de harcèlement sexuel et jusqu’à 60% des femmes dans la zone Afrique du Nord/Moyen Orient l’ont vécu dans la rue.

Exportons le problème pour parler de nos sœurs de la diaspora qui vivent dans les pays racisés comme les Etats-Unis ou la France dans lesquelles elles rencontrent

d’autres attaques contre leur identité en plus du harcèlement en milieu professionnel à travers des micro-agressions. Ces micro-agressions sont l’ensemble de mécanismes de critiques et remarques qui peuvent paraitre innocents pour le commun des mortels mais qui dans le vécu de ces femmes sont autant de coups violents portés sur leur personne. Ces remarques sont surtout issues du système qui met un point d’excellence sur les traits eurocentrés, traits sur lesquels les femmes noires doivent s’aligner afin d’être acceptées dans les différents milieux de la société y compris au travail. Un sondage auprès de proches et personnes au travail, a permis de relever quelques phrases de micro-agression qui reviennent souvent :

1  « Très impressionnant que tu sois allée dans cette université »

Présumant qu’une femme noire ne peut pas accéder à certaines universités surtout celles qui présente un excellent niveau scolaire. Il a souvent la présomption que les noires n’accèdent aux universités que par le biais d’une bourse sport études plutôt que pour leurs aptitudes intellectuelles.

2  « Tes cheveux ne sont pas professionnels »

Une attaque constante sur les cheveux de nos sœurs. Contre l’Afro, les tresses, locks etc. sont considérés comme inadaptés. Cela place les coiffures européennes comme convenables en milieu professionnel. Et cela amène les noires à rejeter leur apparence et pour se conformer aux modèles occidentaux.

3  « Tu t’exprimes très bien ! »

Surprenant comme remarque, même 50 ans après la création de l’Organisation Internationale de la Francophonie.

Aux USA, La psychologue Beverly Tatum note ce type d’ « attaques constantes » comme un frein, maintenant les minorités afro-américaines dans une culture de la médiocrité.

4  « Tu es sûre que tu au bon poste ? »

Une femme qui occupe un poste de haute responsabilité fait déjà grincer des dents, et encore plus quand c’est une femme noire. En effet, selon le Harvard Business Review seulement 4% des femmes de couleur sont promues aux postes exécutifs dans les entreprises. Ses femmes témoignent toujours du fait de devoir faire face au regard des autres quand elles entrent dans une salle, comme si elles n’étaient pas à leur place. Une femme noire occupant une position dominante est toujours attendue sur des objectifs plus grands. Et cela s’est notamment perçu, lorsqu’a été sévèrement critiqué le portrait officiel de la Première Dame Michelle Obama qui apparaissait dans une simple robe sans manche alors que les anciennes photos nues de la Première Dame Ivanka Trump ont reçu un très bon accueil.

5  Être identifiée comme « la femme noire »

Presque « sans nom et sans identité », les femmes noires se retrouvent avec des indentifications réduites à leur physique. Témoignage d’une comptable interrogée sur la question, montre que cela est malheureusement courant. On ne se soucie pas de savoir son nom, son origine, son parcours. Elle est juste « la femme noire ».

6   «Tu es trop provoquante »

Un simple décolleté, une robe qui moule un corps et le bureau perd la tête. Pour revenir à la mésaventure de Michelle Obama. Le corps de la femme noire depuis l’époque coloniale a été l’objet d’hypersexualisation. La femme noire semble toujours être perçue comme prédisposée au sexe. Même si la société n’utilise plus ces termes, elle porte toujours le même regard sur le corps des femme noires dans les entreprises.

Ses micro-agressions ne sont pas sans conséquence. Ces propos et remarques forcent les femmes noires à constamment faire la police sur elles-mêmes et « censurer leur corps ». Le stress et l’angoisse de savoir « est ce que ma voix n’est pas trop agressive ? » « Mes cheveux répondent-ils aux normes » « vais-je me faire virer si je dénonce une remarque raciste ? ». Toutes ces micro-agressions qui les empêchent de se concentrer sur la qualité de leur travail et leur épanouissement professionnel.

Comment donc les adresser et y remédier ? Un article du Huffington Post qui cite les 13 micro agressions les plus courantes au travail, conclut qu’il n’y pas vraiment de bonnes réponses à ces questions car chaque milieu a ses critères. Dans la mesure du possible, il faut savoir adresser le problème diplomatiquement en faisant comprendre aux collègues les effets de ce type de discours et surtout connaitre la racine systémique de certains commentaires qui pour beaucoup proviennent de l’époque coloniale et de ce fait ne sont pas à prendre à la légère, compte tenu de leur poids historique. L’article suggère enfin qu’avoir le soutien d’autres personnes aide à les surmonter. Car il est peu probable que les remarques disparaissent du jour au lendemain mais avoir du soutien rend l’atmosphère de travail plus vivable.

Par Elie AKADIA

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