L’HONORABLE TEKY CHAP 2

CHAPITRE 2

C’est à 19H que le député décide de prendre congé de la jeune dame. Avant de partir, il prend soin de lui laisser une enveloppe d’une centaine de mille de nos francs en guise de cadeau d’anniversaire.

Depuis la soirée de l’anniversaire, la fréquence des coups de fil a changé. Désormais, c’est le député qui appelle régulièrement pour prendre des nouvelles de la go. 

Pendant plus de trois semaines, l’honorable Teky est en vente sur la jeune employée de la CIE. Il capose. Il est en bombi. Des petits cadeaux en sometimes, des enveloppes aussi. 

Quand vient le mois de mai, Dona prend ses congés annuels. Pendant 30 jours, elle est donc en possibilité zé disponibilité. Elle en a informé son dragueur de député, le citoyen Teky.

La décideuse Mme Teky est une femme qui bouge beaucoup pour faire le tour de ses magasins à Abidjan et à l’intérieur du pays. Pendant qu’on la croit au Plateau, elle peut se retrouver à Adjamé au marché du Forum, ou alors au grand marché de Marcory Sicogi quand on la croit à Treichville. Elle est donc en cadastral. L’honorable Teky, sachant tout ça, est très prudent. Il n’est pas du genre à se mettre en Balladur avec une copine dans la ville. Il pourrait se faire capturer. Il connaît sa femme. Elle est violente en jalousie. Le meilleur plan serait de faire en zone mixte. La sachant en période portes ouvertes, le camarade Teky propose à Dona de l’accompagner à Gôzô pour les funérailles du père d’un collègue député, le weekend prochain.  

Dona est civilisée. Elle est émancipée. Dona est intelligente et calculatrice. Dona, ce n’est pas le type de hihahi qui demande les transferts d’argent ou d’unités. Elle se fait respecter. Dans son petit appartement de deux pièces là-bas aux 2 Plateaux, sur l’axe qui va à Williamsville, il y a toutes les commodités, tout le confort. Elle ne manque de presque rien. Il y a presque tout. 

La veille du voyage à Gôzô, Dona a donné rendez-vous à l’honorable Teky au parking de Sococe 2 Plateaux. Quand le Député arrive, la go a déjà fini ses courses. Ça fait partie de ses calculs, c’est dans le plan. Elle ne veut pas donner l’impression au monsieur qu’elle attend quelque chose de lui. Elle n’est pas une nécessiteuse, elle s’appelle Dona et elle travaille à la CIE Aghien. 

Dès qu’elle voit la grosse voiture du député se garer, elle lui fait signe de la main pour qu’il vienne jusqu’à son niveau, à cause de ses bagages. La go a acheté des provisions pour la maison et des petits trucs pour le voyage. 

Pour une première sortie, surtout un voyage, les femmes comme Dona mettent toujours le paquet. Tout ce qu’il lui faut pour le voyage, elle prend du neuf : nouvelle eau de toilette, nouvelles chaussures, nouvelle crème de soin corporel, nouvelle lingerie…

Ô toi ! 

Arrivés au pied de l’immeuble où habite la dame, que veut dire le député de la République qui porte les bagages déjà pour monter ? Il est en galanterie directement. 

Que veut dire donc un député bagagiste ? L’honorable TEKY ne pense pas. Il est fan. Il monte donc. 

L’intention de la jeune femme est de passer un message à son dragueur. Il faut qu’il sache à quel type de femme il a affaire. Elle est à l’abri du besoin. 

– « Héé, c’est papa des gens que je fatigue comme ça avec mes bagages là, lance-t-elle en souriant. Elle le décharge et l’installe.

– Je le fais avec beaucoup de plaisir, t’en fais pas, répond l’élu et il s’assoit dans le beau canapé en rotin de l’employée de la CIE.

– Tu veux boire quelque chose ? Je n’ai pas d’alcool oh ! Je n’ai que du jus de fruit, propose-t-elle.

– Oui volontiers, merci », dit Teky. 

La fille met le mari de Mme Teky en jus de fruit et le laisse seul un petit moment.

Quand elle revient, elle a ouvert légèrement le chemisier qu’elle porte. Tout juste trois boutons pour attirer le regard du député, prétextant qu’il fait très chaud. 

Ça capture ! L’honorable Teky lève la tête et remarque un bout de la généreuse poitrine arrondie de la jeune dame. Elle veut qu’il voie et il a vu. Elle veut qu’il remarque, et il a remarqué. Elle met le ventilateur en marche et vient s’asseoir en face de lui pour lui faire voir davantage de trucs zé machins. « Je n’ai rien de prêt, si tu veux je te fabrique un truc à grignoter rapidement, dit la go.

– Non ça va ! Merci ma belle. Une autre fois. Tu es prête pour le voyage de demain ? Lui demande le citoyen Teky.

– Oui y a pas de problème ! Je suis prête. Tu as une préférence pour une tenue en particulier, on va à des funérailles non ? 

– Habille-toi comme tu veux ma chérie. Je veux te voir toute belle comme d’habitude, c’est tout. En fait c’est pour avoir du temps avec toi hors d’Abidjan que je veux faire ce voyage. Sinon ce n’est pas tant pour les funérailles. Donc, considère qu’on s’offre un weekend à Gagnoa, répond l’honorable Teky.

– D’accord, c’est noté. Et on va à quelle heure ? » Demande-t-elle, toujours bien assise en face de monsieur, les jambes légèrement entre-ouvertes. Elle sait qu’il regarde, elle se laisse mater. C’est une femme mûre, elle sait quoi faire. Elle est méthodique. 

À côté de la télévision, il y a la photo d’un mignon petit garçon. Le camarade Teky ne peut se retenir, il demande à Dona qui c’est sur la photo. 

– « C’est mon neveu, le fils de ma défunte sœur. C’est mon bébé, mon rayon de soleil, répond-elle, visiblement heureuse de parler du petit garçon.

– Il est tout mignon. Et il est où ? Il vit avec toi ici ? Demande le député.

– Non, il vit chez ma mère à Port-Bouët. Il vient pendant les congés. Tu m’as dit que tu as des filles là ! Tu es un papa heureux. Les filles c’est que du bonheur.

– C’est vrai, elles sont adorables. Mais j’aurais bien aimé avoir un dernier, un garçon, dit Teky tout en contemplant la photo du bambino.

– Ça va venir, c’est Dieu qui donne oh ! Moi je n’en ai pas encore mais peu importe le sexe, je prends tout », lui répond la go qui vient maintenant s’asseoir à côté de lui. 

– L’honorable Teky est resté plus d’une heure avec elle avant de rentrer chez lui. Demain ils iront à Gôzô. Demain ils seront ensemble. Demain ils partiront en week-end. Ça va prendre. 

À suivre…

Jacques Konan, l’écrivain zouglou

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