La Veuve Jaune Chap 9

La go Sarah n’en revient pas. Elle tremble. Elle transpire. Elle bégaie. Elle panique.  Et d’une voix troublée, elle répond :

– « Tu me parles de quoi même là ?  Son propre frère jumeau ? Mais c’est que c’est gâté, parce que ce Général qui parle-là était à la résidence ce matin même. Le Président lui a remis des documents et une enveloppe. Seigneur mon Dieu, mais pourquoi font-ils ça ? 

– C’est celui-là, le jumeau du Président qui a recruté mon Charly. C’est lui qui l’a fait tuer à cause de ce qu’il a découvert. Oh mais ils vont payer ! Je vais les anéantir ma petite ! 

– Reine Makeda, on ne peut pas perdre de temps. Peut-être même que pendant qu’on discute ici, ils sont en train de faire leur sale besogne là-bas. Il faut que j’informe rapidement la Première Dame.  Donne-moi la vidéo s’il te plait. 

– Désolée, je ne peux pas te remettre cette vidéo.  Si tu dois informer ta patronne, il faut cela se fasse en ma présence pour qu’elle sache pourquoi Charly est mort. Sinon pour que tu aies cette vidéo, tu devras me passer sur le corps d’abord. Parole de Makeda ! 

– Reine Makeda, ne dis pas des choses comme ça !  Il y a urgence et tu sais très bien pourquoi tu m’as appelée. Donc laisse-moi gérer ça. Tu sais, le protocole est trop compliqué pour que tu puisses la rencontrer aujourd’hui là.

– Tu n’as pas dit qu’elle est l’amie de ta mère ?  Elle vient dîner chez vous non ? Donc il faut créer situation ! »

Après une courte hésitation, la go Sarah cède à la demande de Makeda et lui demande de la suivre en voiture pour la maison.

À peine sont-elles arrivées que le Lieutenant Sarah présente Makeda à sa mère et rapidement elle lui explique la situation et lui montre les vidéos ainsi que celle concernant le message émouvant de Charly. La mère de la go Sarah console Makeda et promet de la présenter à la Première Dame dès qu’elle est là.

À 20h précises, le portail coulissant de la grande résidence de la maman de la go Sarah s’ouvre, le cortège de la Première Dame vient d’arriver. Après les salutations d’usage, le Lieutenant Sarah vient chercher Makeda. 

– « Est-ce que tu es prête Reine Makeda ? Lui demande-t-elle. Maman dit de venir t’appeler pour que tu expliques toi-même la situation à la Première Dame. 

– Seigneur, que ton nom soit béni et loué ! Oui je suis prête ma petite. Allons-y ! »

Aujourd’hui est veille du nouvel an. Aujourd’hui est jour spécial. Aujourd’hui est jour de grâce. Aujourd’hui Makeda, la tatoueuse du marché de Belleville, rencontre la Première Dame, la femme la plus puissante du pays. Incroyable mais vrai ! Makeda n’avait jamais imaginé ça mais elle n’a pas peur. Sereinement, elle suit la go Sarah. La Première Dame, demande à Makeda de venir avec elle d’urgence. La go Sarah les accompagne. Elles ne prendront pas part au dîne car l’heure est grave. Il y a un complot contre l’état. Il y a un coup d’état qui se prépare. La Première Dame doit sauver son mari, elle doit sauver la république. 

On fait monter sans préavis la Veuve colorée dans l’une des voitures du cortège avec des policiers en civile. Elle s’interroge. La go Sarah est montée avec sa patronne. Quand Makeda essaie de la joindre au téléphone pour chercher à comprendre, elle se rend compte qu’elle ne peut plus passer d’appel, son numéro vient d’être désactivé. Elle ne peut plus utiliser son téléphone. Les trois hommes assis avec elle dans la voiture le lui arrachent après l’avoir obligée à le déverrouiller. Quand ils le parcourent, ils tombent sur les fameuses vidéos de la suite royale de l´hôtel Tiama. Aussitôt ils bâillonnent la veuve de Charly et ils lui recouvrent la tête d’une cagoule. Makeda n’a rien vu venir, elle vient d’être ligotée. 

Le lendemain matin, 1er Janvier, le coup d’état est déjoué ! Les responsables sont arrêtés sans que la population ne soit au courant de quoi que ce soit. Tout a été géré et étouffé dans le silence de la nuit. Nul ne saura jamais ce qui est arrivé à Makeda. Depuis cette nuit de réveillon jusqu’à ce jour, la Veuve Jaune a disparu et n’est plus jamais réapparue. Elle en savait trop.  

Fin

Jacques Konan, l’écrivain zouglou

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