La Veuve Jaune chap 5

C’est par l’ascenseur privé que la Première Dame monte au 5ème étage, au lieu-dit, dans la suite royale. On est en décembre, tout est mignon, tout est bien fait, tout est bien décoré zé coloré. Au Tiama hôtel, à cette période de l’année, on joue de la musique bonne à l’oreille. Depuis l’ascenseur, en passant par le palier, jusqu’à la suite royale, c’est la voix rocailleuse zé mélancolique de l’inégalable Rod Stewart qui sort des entrailles des murs. La chanson qui passe cette nuit-là s’appelle  » Down-town train « . C’est une belle chanson. Et dans les couloirs de l’hôtel, tout le monde est beau, tout le monde sourit, tout le monde est gentil, tout le monde salue tout le monde. Parce que c’est la période de Noël, la naissance du Fils de l’Homme, il faut être heureux zé gentil, et ça prend. Ô toi !

Quand les deux battants en bois massif de la porte de la suite royale s’ouvrent, pour laisser entrer l’épouse du Président de la République, il y a comme un courant d’air divin qui souffle dans la pièce. Cet air n’est pas conditionné, cet air n’est pas ambiant, c’est doux, c’est divin. C’est la Première Dame qui est comme ça. C’est elle qu’on attendait pour commencer la nuit de poker, la nuit Clata, la nuit des cartes. C’est elle qui organise, c’est elle qui mise davantage, c’est elle la femme du Président, c’est elle la Première Dame. Ça capture déjà. 

Il y a du beau monde. Il y a de la classe. Il y a de la beauté.  Il y a de la sensualité.  Il y a de l’amour. Il y a de l’argent zaussi. Les deux mâles, gardes du corps sont restés au piquet dehors, devant la porte. Seules sont dans la chambre, la Première Dame, ses copines complices zé la go Sarah. Elles sont 5 au total. Il y a, à l’instar du Lt Sarah et de sa marraine, l’épouse de l’ambassadeur américain. Elle est blanche. Il y a aussi la représentante du PAM chez nous, amie d’enfance de la Première Dame, une blanche et enfin un visage inconnu du grand public, une autre blanche ; quand la Première Dame est entrée, elle l’a appelée Fleur et l’a embrassée avant les autres. Elle paraît plus jeune que les autres. Elle est plus douce zé fraîche que les autres. La go Sarah est le cheveu sur la soupe.  La go Sarah est la seule femme noire ce soir-là. Elle les connaît presque toutes sauf celle que la Première Dame a appelé Fleur.  Sarah n’est donc pas du tout dépaysée, elle en a l’habitude. C’est toujours Sarah qui bat et distribue les cartes. Elle connait poker mais elle ne participe jamais au jeu. 

Avant de commencer la partie, il faut prendre un peu de piment, il faut manger un peu quand-même. Sur la table à manger, c’est un rôti de veau qui est servi accompagné de riz cantonais vietnamien. Il y a aussi du vin. Que veut dire l’alcool propre maintenant ? « Opus one 1981″, le vin de Robert Mondavi et son ami le Baron Philippe de Rothschild. Attention, il y a du luxe à table !  Attention, il y a de la dimension autour de la table ! Attention, il y a  » Opus one  » ce soir, interdit aux enfants et à ceux qui n’y auront jamais droit. C’est du très propre, c’est du très lourd, c’est du vin, du vin rouge.

Depuis leur position, Makeda et son frère voient tout. Joël le magnifique brouteur réussit à obtenir du son en plus des images. Le frère et la sœur observent la Première Dame et ses amies. Le brouteur fait voir à la Veuve Jaune la scène en couleur. On mange. On boit. On bavarde. On discute. On chuchote. On rit.  On rigole.  On ricane.

Makeda prend son temps. Makeda sait ce qu’elle recherche. Elle est en Dabany Patience. Elle n’est pas pressée. Makeda va doucement, lentement mais sûrement. 

Peu de temps après avoir mangé zé bu, elles sont toutes gaies. La partie peut commencer. Les dames ôtent toutes leurs tenues et sont désormais en slips et soutiens-gorge. C’est la condition avant de jouer. C’est comme ça. C’est de coutume et d’habitude. On estime que dans cette tenue, personne ne pourrait cacher des cartes. Ce n’est pas qu’elles ne se fassent pas confiance, c’est juste le règlement. Lingerie fine, dentelles zé soies. Blancheurs zé couleurs s’entremêlent. Elles sont belles. 

Joël devient instable devant l’écran de son ordinateur. La Première Dame en petite tenue et plus encore. Que veut dire ça ? Makeda est sereine, comme toujours. La partie commence.  Sarah distribue les cartes.  Il est 23h. C’est décembre.  La première Dame est au 5ème étage, dans la suite royale en train de jouer aux cartes. Joël le brouteur enregistre. L’argent passe et repasse d’une main heureuse à une autre plus heureuse. Les cartes sont en circoulani. On s’énerve un peu, pas assez. On discute.  On se dispute gentiment. C’est amical. C’est convivial. Il y a des gestes, des beaux gestes techniques. Il y a quelques attouchements inoffensifs zé consentants. C’est entre adultes, ça réussit. 

Elles jouent jusqu’à 3h du matin. La femme de l’ambassadeur et la go du PAM disent au revoir quand la go Sarah, la Première Dame et Fleur, la belle inconnue, se retrouvent dans le salon VIP de la suite royale. 

Oh ! Que c’est beau ce que Joël et sa sœur voient sur leur écran ! Il y a de l’amour.  Il y a du touché. Debout face à la baie vitrée qui donne sur le Félicia, Fleur offre son arrière-pays à la Première Dame pendant que la go Sarah apporte deux coupes de ce nectar de vin. Ça commence à prendre. 

À suivre…

Jacques Konan, l’écrivain zouglou

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