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La femme africaine d’aujourd’hui
à l’épreuve de son désir

Interroger l’expression du désir sexuel chez la femme africaine aujourd’hui, c’est d’abord et surtout questionner le rapport qu’elle entretient avec son propre corps. Un corps qui jadis ne lui appartenait pas vraiment. Le corps de la femme était et est encore dans certaines contrées un “ corps social”. Enfermé qu’il était dans le mythe de la femme africaine soumise et effacée, gardienne de la famille. Son corps était voué à donner la vie et à satisfaire les pulsions de son époux. Réduit à l’état d’objet, nié dans sa subjectivité. Face à ce tableau qui dans le fond n’est guère reluisant, la question qui nous vient spontanément est qu’en est-il maintenant ? La femme africaine a-t-elle aujourd’hui plus de facilité à appréhender sa sexualité ? Cesse-t-elle d’être vertueuse parce qu’elle brise le tabou et ose évoquer cette chose si difficile à exprimer qu’est son propre désir ?

 Un discours qui se libère

 Dans son livre intitulé “La sexualité féminine en Afrique” Sami Tchak, sociologue togolais fait un constat clair. La femme africaine se libère, et cette libération passe également par le discours, car avant d’être agi, le sexe est aussi et avant tout parlé. Le voile pudique longtemps jeté sur le corps féminin désirant tend à s’effriter et peu à peu le corps se découvre et s’affirme. Son constat naît de l’observation de centaines de femmes de sa région d’origine mais aussi des régions alentours. Il naît de ses voyages et de ce regard curieux porté sur son environnement qu’il voit doucement muter.  Le même constat est perceptible également dans le champ littéraire. 22 ans séparent “Une si longue lettre” de Mariama Ba de “ Femme nue femme noire” de Calixte Beyala et pourtant chacune décrit la condition de la femme, le rapport qu’elle entretient avec son corps et sa sexualité à sa manière. L’une dans la retenue la plus absolue. On ne parle pas de sexe. On évoque le “lit vide”, “ les tours non respectés” mais jamais ne sont ouvertement prononcés les mots. Jamais n’est énoncé le manque qui pourtant s’exprime. Tandis que la seconde est dans l’excès, la surenchère avec une héroïne qui se fait prendre par tous et toutes. Ce ne sont pas deux réalités qui s’opposent, bien au contraire, elles se suivent logiquement dans la mesure où elles témoignent de l’évolution d’une société africaine qui n’a pas eu le choix et qui doit aujourd’hui composer avec ce nouveau corps féminin.

 Une sexualité assumée et revendiquée

 Nous l’avons affirmé, la femme africaine se révèle chaque jour un peu plus comme sujet désirant. Elle a depuis longtemps cessé d’être uniquement objet et tend de plus en plus à se révéler comme sujet de son désir. Tchak Sami dans l’ouvrage sus cité développe une théorie intéressante à ce sujet. Il avance en effet l’idée que la femme africaine a avec le temps mis en place des “stratégies de survie à travers lesquelles le corps intervient comme un capital”. En d’autres termes elle s’est, non seulement, réappropriée son corps mais en plus elle a pris conscience du pouvoir qu’il peut exercer sur l’autre. On peut justement objecter en disant que cette attitude n’est pas nouvelle. La femme séduit. Si l’on se réfère d’ailleurs à la Bible, la déchéance de tout le genre humain naît de la femme qui se laisse séduire et séduit à son tour. Ce qui est nouveau c’est que désormais elle le fait ouvertement et pour satisfaire ses propres pulsions. Il n’est ainsi plus rare de trouver dans les grandes capitales africaines des magasins spécialisés qui vendent divers jouets sexuels. Aux “ astuces” traditionnelles se mêlent désormais tous ces accessoires qui font la joie des femmes d’abord et du couple ensuite. On entre ainsi de plein pied dans l’ère de la féminité triomphante.

Et les hommes dans tout ça ?

 La question se pose avec d’autant plus d’à-propos qu’on évolue toujours dans une société patriarcale où la femme doit se battre encore, entre deux mythes : celui de la mère et celui de la pute. L’une pure symbole même de la femme, asexuée et toute dévouée à sa tâche de gardienne du foyer, et l’autre peu recommandable, qui donne du plaisir et surtout en reçoit. Le corps de la femme est ainsi symboliquement morcelé. Elle est un utérus qui procrée, des seins qui allaitent et un vagin qui jouit. Elle est encore dans l’imaginaire collectif la madone ou la putain. Et pourtant elle est avant tout un humain à part entière doté de pulsions qui doivent être raisonnablement satisfaites. Les corps et les langues se libèrent mais les stéréotypes sur le plaisir sexuel de la femme, le désir sexuel féminin en général demeure inchangés.

 

Par Belinda Rose