Être une femme,
est-ce se sentir féminine ?

Le billet d’humeur

De prime abord, nous sommes prisonniers de ce corps qui est le nôtre, enregistré pour établir notre état civil et nous définir administrativement dans la création de notre identité. Mais nous ne saurons nous arrêter à ce corps, sans le soumettre à la culture et le percevoir comme une combinaison de corps et de culture produisant du ressenti !

 

Participer à un magazine dont l’objet met en exergue l’essence de la femme noire, nous amène à nous interroger sur la réalité de l’harmonie existant entre le corps et l’esprit d’un point de vue féminin, sous le double regard inquisiteur de soi et des autres. Ces autres, spectateurs de soi, qui s’autorisent à l’apprécier, voire à le juger.

Lors d’une émission de télévision en date du 11 juin 2020, sur la première chaine ivoirienne, l’androgyne Yann Coulibaly, disait qu’il avait du mal à se faire accepter, en tant qu’homme dans un corps aux aspects féminins. Son interview nous a remémoré les difficultés rencontrées par l’athlète sud-africaine Mokgadi Caster Semenya pour compétir en tant que femme dans un corps d’homme.

Tel est le départ de notre réflexion, sur l’ÊTRE et le RESSENTI.

De prime abord, nous sommes prisonniers de ce corps qui est le nôtre, enregistré pour établir notre état civil et nous définir administrativement dans la création de notre identité. Mais nous ne saurons nous arrêter à ce corps, sans le soumettre à la culture et le percevoir comme une combinaison de corps et de culture produisant du ressenti ?

La problématique du RESSENTI en rapport avec l’ÊTRE remet en cause l’évidence, en allant au-delà de celle-ci pour comprendre l’autonomie de l’humain, mis sous la dépendance du contexte politique et de l’environnement social. S’imposent ainsi des schèmes de pensées difficiles voire impossibles à changer.

Dès notre naissance, on nous identifie biologiquement pour nous définir administrativement, en paraphant de sitôt sur le formulaire déclaratif qui va servir à nous enregistrer dans le livre des naissances. Ce processus est nécessaire pour établir

et délivrer nos actes d’état civil, comme les naissances, les mariages, les décès etc.). La contrainte binaire, à cocher « féminin » ou « masculin » autorise la sage-femme à nous inscrire dans un genre ; ce qui automatiquement nous emprisonne dans une identité qui nie le fait que l’humain est un être de culture et que l’identité n’est jamais une essence (au sens biologique du terme) mais une construction (une appropriation de valeurs culturelles).

Cette binarité s’impose comme une évidence en représentations structurantes des manières d’Etre selon le genre. L’identité établie, le ressenti ne va pas de soi. Même si c’est dans l’ordre des choses d’adopter des comportements associés au genre, la psychologie du genre n’est qu’une fiction, un discours biopolitique (politique à vocable biologique), duquel la femme doit s’émanciper pour construire son propre discours égalitaire et individualiste. Cela n’est possible que dans la déconstruction du rapport normatif qui existe entre le sexe, le genre et la reproduction. La femme, dans sa modernité, se définit par sa diversité et le dépassement de cette dichotomie du genre. Son corps n’est plus assigné à un rôle simplement reproductif. Elle le sculpte en se référant à des canons de beauté multiples, non figés, rompant avec la résignation de ses ainées.

L’extériorisation du RESSENTI libère la femme de son ÊTRE bio identitaire, en lui offrant cette possibilité de prioriser son regard sur elle-même, de l’imposer aux autres, et de ne plus subir l’œil censeur du voisinage qui se perd en conjectures. Ce processus de passage de l’invisible au visible ne sera totalement abouti que lorsque son environnement deviendra plus tolérant dans l’acceptation non binaire de l’Être et dans la définition de l’humain tout simplement. Un tel environnement sera épanouissant pour tous, surtout pour les androgynes qui n’auront plus à préciser leur identité et leur orientation sexuelle.

Consentons donc à reconnaitre que le ressenti fait de nous des humains. Il redéfinit notre identité, non plus au travers de nos seules caractéristiques biologiques mais par les choix opérés où le genre est une partie inaltérable de l’identité, celle que nous n’avons pas choisie, et la culture l’autre partie de ladite identité, altérable, que nous construisons tout au long de notre existence en empruntant aux autres des pratiques et des valeurs. L’autre n’est plus le censeur qui nous juge, mais une source d’enrichissement et de développement personnel induit par une interaction positive pour la maturation de notre identité.

Par Fouad Vanié

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